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Homélie

Publié le par Admin

 

 

Pâques : la Veillée pascale année 2016. Jn 24, 1-12

 

Durant la semaine sainte nous avons suivi le Christ afin d’être unis à lui dans son mystère d’amour, qui surprend notre humanité. Nous célébrons en cette nuit sa plénitude qui nous habite. Mais qu’en sera-t-il après ?

En cette nuit où la plénitude de Dieu comble l’homme de sa ressemblance, nous devons nous laisser illuminés au-delà de ce que nous pouvons ressentir. Sa lumière doit atteindre ce qui est éternel en nous, c’est-à-dire le mystère de notre « être-unique ». Vivre l’événement de Pâques c’est vivre en Dieu. Nous l’imaginons loin de nous et voici qu’en se livrant, son Fils unique Jésus Christ nous saisit jusque dans la profondeur de notre être, et il nous attire à lui pour nous donner la vie. Jésus nous révèle que notre vie à chaque instant n’a de sens que si elle est habitée par lui. Mais comment être saisis par Jésus et la puissance de sa Résurrection (Ph3,10) ? Comment être pénétré de l’Esprit de vie qui l’a ressuscité alors que tous les événements accomplis par lui durant sa vie sur terre peuvent être exprimés par des paroles et des représentations, sauf cet événement de la Résurrection qui pourtant le plus crucial semble inaccessible rationnellement ? Comment témoigner d’un tel événement ?

La présence des femmes devant le tombeau vide nous invite à entrer dans le mystère. Ces femmes qui viennent dans l’intention d’embaumer le corps de leur Seigneur trouvent un tombeau ouvert, Jésus n’est plus là et elles sont saisies de crainte. Nous aussi sommes saisis de crainte devant un tel mystère, crainte de notre non maitrise de l’événement. Nos limites rationnelles de compréhension de l’événement nous plongent dans la crainte d’être des témoins inauthentiques.

Deux hommes cependant aident les femmes à comprendre l’événement, qui ne peut être saisit par les limites de la simple raison « Pourquoi cherchez-vous le vivant parmi les morts. Il n’est pas ici, il est ressuscité. » Jésus n’est plus limité par les contraintes de l’existence mortelle, il n’est plus enfermé dans son tombeau, celui de nos espaces psychiques, de nos pensées et imaginations où nous croyons posséder sa présence. Alors quelle révélation pour nous ?

Ces femmes ont cherché Jésus contre toute espérance. Nous aussi, du fond de notre désir, c’est lui que nous cherchons. « Où donc es-tu Seigneur ? » Nous vivons aussi souvent dans la crainte et l’ignorance de ne pas savoir dire où est-il ? et même qui est-il ? Mais si ces femmes ne le cherchaient pas parmi les morts, entendraient-elles qu’il est ressuscité ? Il faut qu’elles le sachent vraiment mort, qu’elles viennent lui rendre les derniers devoirs que l’on doit à un défunt, pour qu’elles puissent comprendre ce que signifie cette mort là. Deux hommes, comme dans les récits de la transfiguration (9, 30) et de l’ascension, qu’on appelle aussi des anges à cause de leurs vêtements éblouissants font un rappel à leur mémoire, pour les basculer dans la sphère divine : « rappelez-vous ce qu’il vous a dit quand il était encore en Galilée… » Ils leur résument les annonces de la passion et résurrection du Fils de l’homme. Il ne s’agit plus ici de voir, mais de « se souvenir » afin de ressentir la présence de Jésus ressuscité dans l’événement actuel. Ils activent la mémoire des femmes et les aident à comprendre ce qu’elles vivent c’est-à-dire à entrer dans la Foi, dans la sphère divine. Nous devons aussi partir de la réflexion sur cet événement pour entrer dans le questionnement du sens de notre vie et de notre « être-au-delà. »

Devant l’impasse des limites du tombeau, s’est crée une fissure par laquelle à jaillit la lumière de la vie éternelle. Dans sa résurrection Jésus se dilate en nous pour que nous soyons en lui et lui en nous. Ne cherchons pas à ressentir ceci ou cela, ce serait reconstruire un tombeau. Laissons-nous saisir par le Christ dès lors que nous acceptons de nous offrir à lui tels que nous sommes afin qu’il répande en nous son Esprit. Les femmes à leur tour portent la nouvelle aux disciples malgré la crainte et le bouleversement. Elles deviennent porteuses de ce message. Elles assurent la continuité du message des deux hommes, elles vont permettre à Jésus Ressuscité d’être présent à ses disciples, « dans un mystère de mise au monde qui s’enracine dans l’enfantement par Marie de la Parole de grâce. » Mais un souvenir reste fragile, il ne faut pas s’étonner du doute des disciples qui accueillent leurs paroles et qui demeurent dans la non-Foi. Nos contemporains aussi vont rester dans cette non-Foi devant nous et devant tous les baptisés de cette nuit pascale malgré notre témoignage. Mais sachons ceci : pour que les disciples dépassent ce refus pour enfin croire, il a fallut que Pierre soit mis en face de la réalité du tombeau vide (v12).

Alors chers baptisés dans la foi en Jésus Christ ! Demeurons des témoins porteurs de cette Bonne Nouvelle même dans nos craintes car voici qu’au-delà de notre espérance, la lumière a jaillit du tombeau. Alléluia !

 

Père François omi

 

Publié dans Homélies